
Pourquoi Lens et Dino Toppmöller ont mis fin prématurément à leur mariage en Ligue 1
Lens a mis fin au court passage de Dino Toppmöller après six matches, invoquant des désaccords au sein du staff alors que les performances irrégulières, les inquiétudes défensives et les doutes tactiques s’intensifiaient.
Le RC Lens et Dino Toppmöller ont mis fin à leur collaboration d’un commun accord, mettant prématurément un terme au passage de l’entraîneur allemand dans le nord de la France après environ deux mois et demi. La décision a été annoncée mardi après-midi, à seulement quelques jours du déplacement de Lens à Monaco pour le match d’ouverture de la cinquième journée de Ligue 1. Yannick Cahuzac, revenu au club cet été comme adjoint après avoir travaillé avec Lorient, prendra place sur le banc pour cette rencontre tout en achevant sa formation d’entraîneur.
Toppmöller était arrivé à Lens le 16 juin, en signant un accord courant jusqu’en 2028. Il avait été nommé pour remplacer Pierre Sage, qui avait guidé le club jusqu’à la deuxième place de Ligue 1, à une qualification pour la Ligue des champions et à une victoire en Coupe de France avant de partir à Crystal Palace. Lens avait présenté Toppmöller comme un entraîneur doté d’une grande intelligence tactique, fort d’une expérience européenne et privilégiant le système en 3-4-3. Sa nomination marquait une rupture avec la filière française, puisque l’essentiel de son travail précédent avait été effectué en Allemagne et au Luxembourg.
Le nouvel entraîneur avait commencé par des résultats semblant constituer une base solide. Lens avait battu le Paris Saint-Germain lors du Trophée des Champions avant d’entamer sa campagne de Ligue 1 par une victoire 5-2 contre Auxerre. Le score ne reflétait toutefois pas une prestation totalement convaincante. Auxerre avait été réduit à 10 après 35 minutes, mais Lens avait continué à souffrir pendant de longues périodes. Cette situation avait rapidement soulevé des questions sur la progression de l’équipe sous son nouvel entraîneur, au-delà du simple résultat obtenu.
Les doutes sont devenus plus visibles lors des journées suivantes. Lens s’est incliné 2-1 à Strasbourg, puis a perdu 1-0 à domicile contre Lorient, une prestation très inférieure au niveau affiché lors de la saison précédente. Certains supporters ont sifflé les joueurs après cette défaite. En interne, ce revers a alimenté les interrogations sur la capacité de Toppmöller à faire progresser l’équipe, tandis que le bilan défensif est également devenu préoccupant : Lens avait encaissé neuf buts en six matches sous la direction de l’entraîneur allemand.
Une victoire 3-2 en Ligue des champions sur la pelouse du Slavia Prague a brièvement offert à Toppmöller l’occasion d’inverser la tendance. Lens est revenu au score dans les dernières minutes, mais la prestation n’a une nouvelle fois pas dissipé les inquiétudes. L’équipe française évoluait en supériorité numérique et a pourtant continué à peiner pour livrer une prestation aboutie. Le résultat a donc apporté moins de garanties que ne le suggérait le score, d’autant que les mêmes problèmes sont réapparus lors du match suivant, au Mans.
Face à l’équipe promue dimanche dernier, Lens a été mené 2-0 avant de revenir à 2-2. Toppmöller a reconnu ensuite avoir été furieux de la prestation de la première période et a déclaré qu’il ne pouvait pas répéter tout ce qu’il avait dit aux joueurs dans le vestiaire. Ruben Aguilar a confirmé que le groupe avait fait face à ses insuffisances à la mi-temps. Il a également expliqué que les joueurs pouvaient s’adapter aux changements de l’entraîneur, même si l’équipe était habituée à un système différent. Derrière ces déclarations publiques, plusieurs cadres auraient commencé à remettre en question les idées tactiques de Toppmöller ainsi que certaines de ses décisions concernant la composition de l’équipe.
La situation a été compliquée par l’effectif à la disposition de l’entraîneur. Lens a perdu Mamadou Sangaré, Adrien Thomasson, Allan Saint-Maximin, Malang Sarr et Wesley Saïd durant l’été, après la campagne historique du club la saison précédente. Les blessures de Samson Baidoo, Saud Abdulhamid et de la recrue Maik Nawrocki ont encore réduit les options défensives. À certains moments, Toppmöller a dû aligner une défense jeune et inexpérimentée, dont le membre le plus confirmé était Ismaelo Ganiou, âgé de 21 ans. Ces absences expliquent en partie l’instabilité de l’équipe, mais elles n’ont pas dissipé les inquiétudes du club quant à l’utilisation de ses ressources.
Le différend concernait également l’organisation du staff technique. Nelson Morgado, l’adjoint portugais de longue date de Toppmöller, travaillait avec lui depuis leurs passages à Dudelange et Virton, puis à l’Eintracht Francfort. Morgado était un spécialiste de l’analyse vidéo et du jeu, mais son approche avait provoqué des tensions avec certains membres du staff français de Lens. Il avait également suscité de la méfiance durant son passage à Francfort après des tensions avec une partie du vestiaire, notamment parmi les joueurs francophones. Sa position à Lens était devenue un sujet, mais les relations au sein du staff n’étaient pas considérées comme la seule raison, ni comme la raison principale, du licenciement de l’entraîneur.
Lens a indiqué que la décision faisait suite à de nombreuses discussions sur la vie du groupe, le fonctionnement du staff et son organisation. Le club souhaitait remodeler la structure technique, mais Toppmöller ne pouvait pas soutenir les changements proposés. Ce désaccord a conduit Lens à mettre fin à la mission de l’entraîneur ainsi qu’à celles de ses deux adjoints. Le club a décrit la séparation comme respectueuse et salué l’humanité et le comportement de Toppmöller. Celui-ci a également accepté de renoncer à une part importante des indemnités prévues par son contrat, qui avait été signé pour deux saisons par l’ensemble du staff technique.
La conséquence immédiate est un changement de direction avant un déplacement difficile à Monaco. Cahuzac héritera d’une équipe qui compte déjà un trophée majeur, une victoire en Ligue des champions à son bilan et un début de parcours contrasté en Ligue 1, marqué par une large victoire lors de la première journée, mais aussi par des défaites contre Strasbourg et Lorient, suivies du nul au Mans. Pour Lens, la décision ne repose donc pas sur un résultat isolé. Elle reflète la combinaison de prestations peu convaincantes, d’incertitudes défensives, de questions liées à la gestion de l’effectif et d’une rupture autour du fonctionnement du staff. Le court passage de Toppmöller s’achève avant que le club ait pu déterminer si ses changements tactiques allaient fonctionner, laissant Lens en quête de stabilité dès le début d’une saison comportant des échéances nationales et européennes.
Source : RMC Sport · Football



